Combien de fois n’entend-on pas « lui, ce n’est pas un vrai pèlerin, tu as vu comme il se comporte ? Tu as vu, il a fait du stop ! Tu as vu, il fait porter son sac en voiture ! Tu as vu, il n’est pas allé à la messe ! Tu as vu, il s’est fait un jacuzzi en chemin ! Tu as vu ? Il dort à l’hôtel ! » Ou encore « lui, il a vachement souffert… Lui c’est un vrai pèlerin ! »
L’autre soir, on dînait dans un gîte.
- Alors, celui-là, ah lala ! Il n’éteignait jamais les lumières en sortant de la pièce ! Quel non-respect ! Et il faisait un bruit en sortant le matin ! Levé avant tout le monde, il allumait tout, ça faisait un de ces potins ! Celui-là, je peux vous dire, il n’a rien d’un pèlerin !
- Ah oui, c’est dérangeant évidemment…
Je me souvins à ce moment que jusqu’à mon propre pèlerinage, j’oubliais toujours d’éteindre les lumières en sortant des pièces. Je ne m’en rendais pas compte. C’est un ami pèlerin qui me l’a fait remarquer. J’ai pu en prendre conscience et faire attention. De même, lorsque je marchais, un pèlerin allemand faisait du bruit tôt chaque matin, et cela me dérangeait. Lorsque je lui ai dit, il en a été désolé et a fait attention les nuits suivantes.
- Vous lui avez dit ? Ai-je renchéri.
- Ben non, vous pensez bien ! Ce n’était même pas la peine !
Dommage ! Tout le monde y gagne, lorsqu’on est vrai avec l’autre !
Pour moi, c’est cela, être un vrai pèlerin. C’est lorsque je suis vraie avec moi-même, et avec l’autre. Si quelqu’un me dérange, je le lui dis. Si je sens qu’il est juste pour moi de faire porter mon sac, je mets les moyens en œuvre pour réaliser cela. Si je sens que mon chemin ne va pas jusqu’à Santiago, je suis une vraie pèlerine car je suis simplement ma route et m’arrête au moment juste.
Il n’y a rien à y comprendre ! C’est comme cela, chaque cœur énonce ce qui lui ressemble. A nous d’y être fidèle.
Pour moi, le pèlerinage est un chemin qui permet de développer l’intelligence du cœur. Et si quelque texte religieux ou quelque rituel me permet de m’en rapprocher, tant mieux ! Et si c’est parmi les arbres et la nature que je m’en rapproche, tant mieux aussi !
En marchant sur cette voie fréquentée par tant d’autres, j’ai l’impression d’aller à l’essentiel, d’être une pèlerine « vraie » lorsque je me centre sur l’amour, celui que je me porte, celui que je porte à l’autre (plus on s’aime, plus on est à même d’aimer l’autre, les deux sont indissociables). J’aime apprendre à me connaître mieux, à discerner mes désirs – réels, ou liés à une fuite ?. Ou encore, écouter ce que le chemin et mes compagnons de route m’envoient comme enseignements, en tenir compte, et comprendre que ce qui m’énerve chez l’autre est souvent lié à une fragilité personnelle. Et surtout, simplement expérimenter !
Il n’est pas de mauvais choix ! Il n’y a que des apprentissages.
Il n’est pas de mauvais choix ! Il n’y a que des apprentissages.
Je me sens pèlerine lorsque je quitte le modèle du «pèlerin pur et dur », pour rejoindre la philosophie de Gandhi : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde »… Lorsque je me traite avec respect et douceur, plutôt que dureté et mépris. Lorsque je m’écoute de façon à éviter la souffrance, accueillant pourtant celle qui se présente en amie, plutôt que d’être fière de souffrir.
Je serais sans doute sévèrement regardée au rang des Juges de Pèlerins ! Ceux qui croient savoir… Mais qui sait, en réalité, ce qu'est un vrai pèlerin ? Qui peut juger du chemin de l’autre ?
Dernièrement, j’ai entendu un ami dire « Le vrai pèlerin ? C’est celui qui fait comme Untel, ou comme le veut la tradition ». Untel, aussi illustre soit-il, n’a-t-il pas avant tout écouté son cœur ? N’est-ce pas sur cet aspect-là de son pèlerinage que l’on gagne à prendre exemple ?
J’ai fait du stop lorsque j’étais malade et de la thalasso lorsque j’allais bien, j’ai fait porter mon sac, je suis partie avec un compte en banque bien rempli, j’ai mangé au Parador au lieu d’aller à la messe, n’allant dans l’église que quand le cœur m’en disait. Et si j’ai dormi dehors, pleuré, ri et abandonné plusieurs fois en route, j’ai quand même parcouru 2000 bornes à pied et poussé des portes intérieures dont je ne soupçonnais pas l’existence ! Pas une seule fois, je ne me suis sentie « fausse » pèlerine. J’ai toujours eu le sentiment d’avancer vers moi et vers l’autre. Je suis fière de moi. Du chemin parcouru, certes, mais surtout de qui je suis, aujourd'hui, grâce aux choix que j'ai faits en route. Je sens bien au fond de moi que je n’étais pas randonneuse, cette fois, qu’une dimension supplémentaire accompagnait ma marche, et que cette dimension me porte à m’appeler « pèlerine ».
Enfin si. Une fois, je me suis sentie « fausse » pèlerine. Et c’est là que j’ai compris que ce concept se base sur la culpabilité, si chère à notre culture, invention humaine sans fondement.
Wouah quelle profondeur d'analyse Magali. Mais attention il faut vivre aussi dans le présent
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